LA LITTÉRATURE JEUNESSE / JEANNE DAIGLE


La comtesse de Ségur canadienne

Née le 19 décembre 1909, Jeanne Daigle est la vingtième enfant de Rémi Daigle, un maître-boucher, et d'Adéline Bonin, de Saint-Hyacinthe. Après des études chez les Soeurs de Saint-Joseph puis chez les Soeurs de la Présentation de Marie où elle décroche un diplôme supérieur d'enseignement à l'âge de 16 ans, elle parfait son éducation en suivant des cours par correspondance. Elle complète un baccalauréat en sciences et un certificat en littérature à l'université d'Ottawa. Elle obtient aussi un lauréat en musique (piano, violon, orgue) au Dominion College of Music.

Son curriculum bien rempli l'amène à fonder sa propre école privée « École Daigle » où elle enseigne jusqu'en 1965, année où elle devient professeur de français à l'Institut de technologie agricole et alimentaire de Saint-Hyacinthe. Elle exerce cette profession jusqu'en 1977. Responsable de la bibliothèque de la paroisse Notre-Dame, située au centre du même nom, elle rédige entre 1945 et 1948 de nombreux textes pour des émissions enfantines diffusées à CKAC, Radio-Collège, Radio-Canada et CKBS.

 

 Musicienne et journaliste 


En 1954, Jeanne Daigle fonde la troupe de théâtre les «Aiglons de Maska» et, en 1959, les Éditions D'Aigle voient le jour. L'auteure devient ainsi l'une des premières femmes éditrices du Québec avec madame Simpson. Membre de la Société des écrivains canadiens, du Cercle des femmes journalistes et de la Société des poètes canadiens-français, elle fait aussi partie de la Société des écrivains pour la jeunesse, de l'Association des auteurs dramatiques, de l'Académie des poètes classiques de France et de plusieurs sociétés d'histoire.

Le 16 mai 1990, Jeanne Daigle, femme aux multiples talents, s'éteint seule dans sa résidence de la rue Bourdages Nord à Saint-Hyacinthe. Elle laisse en héritage des oeuvres qui témoignent d'une personnalité douée d'une grande sensibilité Elle s'est donné pour tâche d'inculquer aux enfants le goût de la lecture instructive.

L'oeuvre de Jeanne Daigle

« Vous deviendrez notre Comtesse de Ségur canadienne », ainsi l'avait prédit monseigneur Charles-Philippe Choquette, historien et savant canadien, professeur au séminaire de Saint-Hyacinthe. Même si ses oeuvres, marquées par l'époque, ne sont plus lues aujourd'hui, Jeanne Daigle, cette prolifique auteure, musicienne, professeure, journaliste et conteuse de surcroît, possède une bibliographie impressionnante.

Toutes ces activités ne lui font pas négliger les élèves de son école et, en 1954, elle fonde « les Aiglons de Maska », petite troupe de théâtre qui a pour but d'apprendre aux enfants à s'exprimer convenablement et à vaincre la timidité qui les afflige. Les principes de diction, de phonétique, de littérature théâtrale sont rigoureusement appliqués. Les pièces ou les poèmes récités sont l'oeuvre de Jeanne Daigle. En 1956, Madame Pamela Sterling, alors juge des concours régionaux du festival dramatique, a des éloges à l'endroit des Aiglons quant à «leur naturel, leur spontanéité, leur diction et l'homogénéité du groupe». Elle note également «la fraîcheur et le ton neuf» des oeuvres de cette dramaturge, qui signe plusieurs pièces de théâtre, jouées et applaudies partout dans les couvents, les collèges et les institutions.

En 1941, l'auteure publie son premier recueil de contes, Tourlour. Suivront Contes de Maska (1942), Caquets Champêtres (1946) et Quand les animaux parlent (1955) que la critique accueille ainsi : «ce qui distingue les contes de cette femme-écrivain maskoutaine, c'est qu'elle ne vise pas seulement à causer ou à moraliser mais également et peut-être surtout, semble-t-il, à instruire les enfants».

 Contes de Maska : contes montérégiens 


Pour la radio, Jeanne Daigle compose une série de sketches sur les sciences naturelles intitulés Les Fées de la Nature et Par Monts et par Vaux, qui lui valent les éloges de ses auditeurs. L'auteure maskoutaine voit quatre de ses contes éducatifs et récréatifs mis sur disques par la compagnie RCA Victor. Jeanne de Maubourg, comédienne réputée, les récite.

Femme d'ambition, Jeanne Daigle décide de se lancer dans l'aventure de l'édition. Préfacé par le critique d'art Maurice Hébert, le père de l'écrivaine Anne Hébert, le premier album Grind'Or, paru en 1959, avec sa présentation artistique de grand luxe, est destiné aux jeunes de six à quatorze ans. « Grind'Or est digne de passer les frontières », encensent les critiques.

Jeanne Daigle, la missionnaire du bon parler français, fait partie de ces femmes qui ont à coeur l'avenir culturel et littéraire des nôtres. « Mais, j'espère en l'avenir, car notre jeunesse, que je connais bien, est merveilleuse. Si nos gouvernements et notre élite lui donnent une petite chance, ce sera magnifique. Si je n'avais pas confiance en l'avenir littéraire et culturel de notre peuple, je ne me dévouerais pas comme je le fais pour les jeunes ».


ARCHIVES ET DOCUMENTS

Le fonds Jeanne Daigle, conservé au Centre d'archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe compte 8.4 m. de documents textuels, 515 documents photographiques, 201 documents iconographiques sans compter les 35 enregistrements sonores.

Daigle, Jeanne, Contes D'Aigle, Grind'Or, Saint-Hyacinthe, les éditions D'Aigle, 1959, 51 p.
Daigle Jeanne, Les contes de Maska, Saint-Hyacinthe, les éditions Jeanne Daigle, 1942, 131 p.
Daigle, Jeanne, Tourlour, Histoire d'un gros ours brun, Saint-Hyacinthe, les éditions Jeanne Daigle, 1941, 47 p.