LA CHANSON D'EXPRESSION FRANÇAISE EN MONTÉRÉGIE

Mario Gendron

La Montérégie, creuset de la chanson d’expression française

Nul ne peut ignorer l’importance de la chanson comme expression de la culture populaire et comme instrument d’interprétation du Québec moderne. De la Bolduc en passant par le soldat Lebrun, Paul Brunelle, Félix Leclerc, Robert Charlebois ou Offenbach, la chanson s’amarre à la réalité du Québec dont elle permet de suivre et de mieux comprendre l’évolution qui s’accélère et se complexifie au cours de l’après-guerre. Subissant des influences multiples et s’adaptant constamment au renouvellement de son auditoire, elle ne trahit jamais ses fonctions essentielles : divertir, informer, contester l’ordre social ou encore le renforcer; dans un Québec incertain de son identité, qui peut nier son importance dans l’avancement de la cause nationale?

Au fil des ans, la chanson québécoise revêt plusieurs formes, qui non seulement se manifestent avec force en Montérégie mais qui souvent y prennent naissance. À ce titre, deux grands courants typiquement régionaux se démarquent depuis le début de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’aux années 1950, à savoir la Bonne Chanson de l’abbé Gadbois et la chanson western en français, dont Paul Brunelle et Willie Lamothe, respectivement de Granby et de Saint-Hyacinthe, sont les précurseurs au Québec. Un nouveau cycle, qui traverse la décennie 1950, consacre le déclin graduel de la Bonne Chanson et la montée des chansonniers, avec Félix Leclerc, de Vaudreuil, en tête, tandis que le phénomène western atteint son apogée. Au cours des années 1960, en réponse aux échos que le rock’n roll fait entendre au Québec depuis le milieu de la décennie précédente, c’est la vague yé-yé qui déferle emportant tous les genres sur son passage. Au cœur de cette bruyante et brève tornade culturelle, les Hou-Lops, les Sultans et Jenny Rock, pour ne mentionner que les principaux artistes montérégiens, poussent la chanson d’expression française en territoire inconnu, mettant au défi sa capacité d’adaptation. En cette matière, la richesse et l’originalité de l’apport régional à la vague yé-yé se prolongent dans la fondation du groupe Offenbach, dont la contribution passe par l’intégration de la poésie québécoise à la musique rock.

Lorsque est fondée le Festival [international] de la chanson de Granby, en 1969, cela fait trois décennies que la Montérégie contribue de manière originale à la chanson d’expression française. Afin de maintenir et de perpétuer cette tradition, le Festival se donnera comme mandat de favoriser l’éclosion de jeunes talents de toute la francophonie canadienne; à ce titre, on lui doit d’avoir stimulé la carrière de plusieurs auteurs-compositeurs, tels Jean Leloup, Luc De Larochellière et Linda Lemay.

 Bibliographie