Mario Gendron (avec la collaboration de Jean-Noël Dion pour Louis
Dulongpré)
De
lécole française, dominante après la Conquête,
au romantisme du XIXe siècle et à ses variantes, en passant
par le symbolisme puis par le surréalisme si typiques au XXe
siècle, les artistes montérégiens en arts visuels
participent avec force créatrice aux grands courants européens
et américains qui traversent les époques, aidant ainsi
à définir et à affermir lidentité
culturelle québécoise et régionale.
Au cours de la première moitié du XIXe siècle,
alors quon peint dans un style français qui laisse transparaître
certaines influences américaines, ce sont le portrait et lart
religieux qui canalisent le talent des créateurs. Louis
Dulongpré, sans doute un des portraitistes les
plus prolifiques de lhistoire du Québec, fixera sur la
toile nombre de notables de la Vallée du Richelieu et de la région
maskoutaine; par son travail, il apportera une contribution inestimable
à lHistoire.
Au Canada, dans la seconde moitié du XIXe siècle, lécole
romantique impose aux artistes la recherche de nouvelles valeurs picturales
qui sexpriment par un savoir-faire technique indéniable
mais sans susciter beaucoup délans créateurs; Allan
Edson, en apportant une contribution remarquée
au luminisme, lune des premières formes de lesprit
moderne en Amérique du Nord, fait ici figure dexception.
Cest, entre autres, en peignant sa région natale de Brome-Missisquoi
que ce paysagiste de renom fera partager linventivité et
lampleur de son talent.
Ozias
Leduc est du petit nombre de ceux qui renouvellent lart
pictural québécois au début du XXe siècle,
peinture religieuse et profane confondues. Puisant aux sources du symbolisme,
Leduc exposera déclatante manière la région
du mont Saint-Hilaire et du Richelieu, de même quil ajoutera
son talent à un patrimoine religieux montérégien
déjà riche en réalisations.
La période qui sécoule de la Deuxième Guerre
mondiale à la fin du siècle est sans contredit la plus
féconde pour les arts visuels au Québec; elle savère
aussi la plus prolifique pour la Montérégie. Faisant écho
à la modernisation qui sempare du Québec, les arts
visuels reconsidèrent dans labstrait limage artistique
du monde. Cette période révolutionnaire, impertinente
et socialement engagée, samorce en peinture avec léclatement
surréaliste de Paul-Émile
Borduas et dAlfred Pellan, et propage aussitôt
son esprit rebelle à la sculpture et à la gravure, avec
Charles
Daudelin et Albert
Dumouchel, respectivement de Granby et de Vaudreuil,
qui jouent des rôles de précurseurs.
Sauf pour Dulongpré dont on connaît somme toute peu de
choses, la démarche de ces artistes de renom sest accompagnée
dune réflexion théorique sur lart qui a aidé
à mieux la faire comprendre, de même quelle sest
exprimée chez chacun de multiples manières, par la poésie,
lenseignement, la photographie ou la musique, aucune activité
ne semblant pouvoir étancher la soif créatrice de ces
humanistes exceptionnels.