LA CHANSON EN MONTÉRÉGIE / LA CHANSON WESTERN

La chanson populaire s’alimente à même les circonstances historiques. La Bolduc et le soldat Lebrun ne puisaient-ils pas leur inspiration dans les conditions difficiles du Québec des années 1930 et dans l’univers angoissant de la Deuxième Guerre mondiale? Dans la même perspective, l’après-guerre inspirera des chansons dont les thèmes essentiels reflèteront la joie de vivre, et d’aimer, de cette époque d’enrichissement collectif.

À proprement parler, la chanson western en français commence sa carrière en 1944, quand le directeur de RCA à Montréal, Hugh Joseph, qui table sur l’engouement que le genre suscite aux États-Unis, permet au Granbyen Paul Brunelle de produire son premier disque. Trois ans plus tard, c’est encore Joseph qui lance la carrière d’un autre Montérégien célèbre, Willie Lamothe, de Saint-Hyacinthe. Les deux chanteurs vendront des millions de disques au cours de leur vie artistique. Ils traceront aussi la voie à toute une génération de chanteurs westerns, si bien qu’au cours des années 1950, les revues spécialisées Dis-Q-Ton et Palmarès Canadien considéreront ce genre musical comme l’un des plus importants au Québec.

Son public, la chanson western le trouve parmi les gens de condition modeste dont elle évoque à la fois la réalité, les rêves et les espoirs. Habitants des villages et des campagnes, filles des manufactures et travailleurs des chantiers, public des hôtels et des salles paroissiales : voilà le terreau social fertile qui alimente le phénomène western. Pour atteindre leur clientèle où qu’elle se trouve, c’est-à-dire dans tous les recoins du Canada français et du Nord-est américain, les chanteurs westerns participent presque tous activement à quelque troupes de variétés, véritables diffuseurs de culture populaire dans les campagnes au cours de l’après-guerre. Mais au Québec, contrairement aux États-Unis où ses racines sont profondes, la chanson western s’essoufflera au rythme du modernisme qui, porté par la télévision, s’emparera du monde rural et élargira l’éventail culturel offert aux classes populaires.