LA CHANSON EN MONTÉRÉGIE / LA BONNE CHANSON


La Bonne Chanson est créée au Séminaire de Saint-Hyacinthe par l’abbé Charles-Émile Gadbois en 1937, influencé par l’exemple de Théodore Botrel en France. L’entreprise, fondée peu après le Congrès de la langue française à Québec, désire promouvoir la chanson française comme véhicule de culture nationale. Elle veut aussi lutter contre l’influence néfaste de la radio qui répand les airs « immoraux » des Tino Rossi, Maurice Chevalier et Fernandel. Le projet de la Bonne Chanson s’adapte si bien aux vues du Comité catholique de l’Instruction publique que ce dernier en recommande la diffusion dans les écoles de la province dès la parution des premiers albums.

L’œuvre de l’abbé Gadbois est d’avoir publié,entre 1937 et 1951, 10 albums de 500 chansons françaises que tout le monde pouvait chanter en groupe, dans les écoles ou en famille. La Bonne Chanson a également préparé pour les plus jeunes la série radiophonique Madeleine et Pierre et des programmes de solfège et de chant pour les écoles : La Bonne Chanson à l’école, un recueil de 50 chants religieux et profanes pour le temps de Noël, Chants pour le temps des Fêtes et, enfin, un recueil des Cent plus belles chansons. Vingt chœurs à voix égales a aussi connu un grand succès, tout comme les cahiers d’accompagnement de plusieurs chansons. En 1950, la Bonne Chanson publie Cantiques choisis, un recueil de 400 chants religieux, puis, de 1952 à 1954, le périodique Musique et musiciens.

De leur côté, les Amis de la Bonne Chanson, une association fondée en 1942 qui compte déjà 12 000 adhérents en 1945, contribuent à la diffusion des chansons publiées. Le Bulletin des agriculteurs fait aussi la promotion de l’œuvre de l’abbé Gadbois. En fait, la popularité de la Bonne Chanson devient si grande qu’elle attire l’attention de compagnies comme Proctor & Gamble et Kellog, qui trouvent avantageux de s’y associer. Avec plusieurs millions de pages de musique en feuille distribuées ou vendues pendant ses années d’existence, la Bonne Chanson a donc été largement en mesure de matérialiser son slogan :

« Un foyer où l’on chante est un foyer heureux ».

En 1939, l’abbé Gadbois et RCA Victor lancent, sur étiquette Bluebird, les premiers de plus de 70 disques, comprenant 120 titres, consacrés à la Bonne Chanson. Si on fait appel à plusieurs chanteurs pour enregistrer ces œuvres – François Brunet, Paul-Émile Corbeil, Marthe Létourneau, le Quatuor Alouette, David Rochette, il revient à Albert Viau d’avoir interprété la majorité d’entre elles. À la Société Radio-Canada et à CKAC, l’émission radiophonique Le quart d’heure de la Bonne Chanson (1939-1952), qui met à contribution les voix d’Albert Viau et de François Brunet, ajoute à la popularité de ce patrimoine remis à l’honneur.

En 1955, à la suite de grosses difficultés financières, l’abbé Gadbois se voit contraint de céder les droits de la Bonne Chanson aux Frères de l’Instruction chrétienne de La Prairie. Plus tard, l’éditeur scolaire Globulo et, depuis 1991, Louise Courteau reprendront la publication des titres.