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LES ARTS VISUELS EN MONTÉRÉGIE / OZIAS LEDUC Le sage de Correlieu
Comme gardien de lâme de son pays natal, Ozias Leduc évoque le souvenir de nos sages grands-pères et dune certaine aristocratie paysanne, tout comme il personnifie la résistance du Canada français traditionnel à lavance du XXe siècle. Curieusement, peu de gens, pas même Borduas le révolutionnaire, ne tiendront rigueur à Ozias Leduc de son conservatisme et de ses accointances avec la droite catholique. Voilà un homme que son originalité, son amabilité et sa sagesse, jumelées à une recherche authentique et perpétuelle sur lart, semblent avoir mis à lécart de la controverse.
Ozias Leduc est un peintre charnière, à cheval sur deux époques picturales, dont les uvres sont très personnelles; charnière, parce que Leduc sexprime à la suite dune tradition marquée par limagerie pittoresque et la peinture anecdotique, et quil précède lère moderne, au cours de laquelle Borduas et Pellan font éclater les cadres des repères culturels familiers. Dans le cas de Leduc, cest le symbolisme, un courant empreint de mysticisme, qui lui permet de saffranchir des conventions picturales de son époque et daffirmer sa personnalité artistique, une démarche accompagnée dune importante réflexion théorique sur la peinture et sa finalité. Peut-être moins doué sur le plan technique que son contemporain Suzor-Côté, Leduc sait cependant mieux que ce dernier insuffler du sens symbolique à ses oeuvres, une quintessence quil a sans nul doute transmise au plus inspiré de ses élèves, Paul-Émile Borduas. À lépoque où Ozias Leduc apprend à peindre auprès des maîtres italiens décorateurs déglise Luigi Cappello (1843-1902) et Adolphe Rho (1839-1905), la perception de lart évolue considérablement au Canada, tout comme les moyens de le mettre en valeur. Les premières galeries commerciales ouvrent leurs portes, formées de regroupement de collectionneurs, comme lArt Association of Montreal, ou encore dartistes, comme lAcadémie royale des Arts, et les voyages de ressourcement des peintres canadiens à létranger se multiplient. Cest dailleurs lors dun voyage en Europe, en 1897, que Leduc sinitiera au symbolisme et à lArt nouveau. Au tournant du XXe siècle, dans un Canada qui goûte aux fruits de la prospérité sous la gouverne de Wilfrid Laurier (1896-1911), la société canadienne-française demeure figée en matière dart et de culture, comme elle lest en matière de religion et de morale. Il revient à Leduc dêtre un de ceux, très rares, qui sauront franchir le conformisme pictural de cette époque. Il se démarque dabord par la qualité et loriginalité de sa peinture religieuse, quil en vient à pratiquer partout au Québec, mais aussi dans les Maritimes et aux États-Unis, puis, à partir de 1913, par la puissance de ses grands paysages symbolistes aux titres évocateurs : Cumulus bleu, Fin de jour (1913), Neige dorée, Lueurs du soir (1916), Lheure mauve (1921). La reconnaissance publique que reçoit bientôt Ozias Leduc saccompagne dune diffusion importante de son uvre. Ainsi, il expose 30 fois entre 1900 et 1920, dont 15 à Montréal et 6 à Toronto. Plus tard dans sa carrière, ce sont les amateurs de Paris, Londres ou Chicago qui pourront admirer ses toiles. Quelques amis et connaissances feront également appel à son talent pour illustrer leurs uvres littéraires. Au cours de lEntre-deux-guerres, alors quil est un artiste de renom, ses paysages et ses portraits définissent une démarche symboliste qui sapprofondit au même rythme quun questionnement sur lart porté par une quête obsessive de la beauté. Malgré des idées et une conception du monde qui semblent dépassées, la peinture dOzias Leduc résiste étonnamment bien au déferlement désordonné des formes picturales qui caractérisent les années daprès-guerre. Car on peut déconstruire et remodeler la forme, soumettre la matière à la volonté consciente ou automatique de lartiste, il nempêche que la pérennité dune uvre ne sévaluera toujours quen regard de la force intérieure quelle exhale. Un peintre mystique Pour Leduc, lacte de créer est perçu comme une tentative de définition de lunivers à travers lexpérience artistique, comme une capacité de pénétrer lordre des choses par une perception transcendante de lidéal humain. Les paysages de Leduc, formés de plans discontinus qui évoquent la profondeur, sont à limage de sa philosophie, en ce sens quon y devine le monde mais sans pouvoir lenfermer dans un cadre réaliste, à la manière, par exemple, dun Allan Edson.
En 1939, dans une conférence intitulée Dires sur le symbolisme donnée au séminaire de Saint-Hyacinthe, Ozias Leduc préconise ladoption du symbolisme en art religieux comme moyen de parvenir à la plénitude spirituelle et à la vérité artistique. À linstar de plusieurs catholiques dEurope et du Canada, la réflexion de Leduc sur ce sujet sinspire de la philosophie néo-thomiste, cest-à-dire du système théologique et philosophique de saint Thomas dAquin modernisé et répandu depuis Léon XIII, soit après 1880. Ozias Leduc, contrairement à tant dautres, dont son élève Paul-Émile Borduas, na jamais négligé lart religieux, ne la jamais pratiqué en passant ou uniquement pour des raisons pécuniaires. Pour Leduc, les commandes religieuses représentaient une autre occasion dapprofondir son métier en lui permettant de développer lidée que lart sert à élever autant le corps (lascension) que lâme, que la communion de lesprit et de la matière est possible ; le peintre demeure par ailleurs bien conscient de limportance de ce genre de peinture pour lHistoire. De 1893 à 1955, Ozias Leduc exécutera la décoration de 31 églises, chapelles et baptistères au Québec, dans les Maritimes et en Nouvelle-Angleterre.
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