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LES ARTS VISUELS EN MONTÉRÉGIE / CHARLES DAUDELIN Un artisan de génie
Luvre de Daudelin est en évolution constante, chaque décennie révélant une facette du talent et de limagination dun artiste en perpétuelle recherche du parfait amalgame entre la matière et lesprit. Au début de sa carrière, alors quil sadonne surtout à la peinture, Daudelin affirme et développe ses talents artistiques à travers linfluence de quelques maîtres. Le jeune homme est en bonne compagnie. Élève de Paul-Émile Borduas à lÉcole du meuble, il fréquente aussi latelier dAlfred Pellan, dont linfluence est visible dans ses premiers tableaux. En 1943, lors de lexposition Les Sagittaires, tenue à la Dominion Gallery, les peintures de Daudelin sattirent des éloges, dont celles du critique Charles Doyon qui les juge exceptionnelles.
À son retour au Canada, en 1948, Daudelin protège son indépendance desprit en se tenant loin du débat qui agite le monde culturel québécois, débat dont les manifestes Prisme dyeux, qui origine du groupe de Pellan, et Refus global, de Borduas et ses supporteurs automatistes, font la synthèse. Au cours des années 1950, Daudelin exprime son talent et affirme sa place unique dans lart québécois en produisant des décors pour le théâtre, des affiches, en illustrant des livres et en exerçant la sculpture grâce aux marionnettes de son castelet ambulant.
À la faveur de lengouement pour lart public qui se développe au Québec à partir du début des années 1960, la carrière de Daudelin soriente vers la conquête de lespace collectif. À cette évolution de sa pensée créatrice correspondent nécessairement de nouveaux matériaux, aptes à relever les défis de lintégration de lart à larchitecture urbaine. Ici, le fer, lacier, le bronze et le verre deviennent les alliés du créateur, laidant à humaniser la ville. Dès lors, travaillant avec les plus grands architectes, Daudelin participe à la construction de la cité et laisse partout la marque de son talent. Aucun projet ne rebute son imagination : banques, églises, édifices gouvernementaux, églises, parcs, bibliothèques, on le rencontre dans toutes les sphères de lactivité urbaine. En sintégrant à lespace et à la vie des villes, ses uvres ajoutent du sens à lexistence collective des hommes. Quelques-unes des plus remarquables réalisations publiques de
Daudelin sexpriment grâce au bronze et à la fonte,
comme Poulia (1966) et Polypède (1967). À
la fin des années 1960, la recherche quil poursuit sur
le cube se reflète dans ses sculptures monumentales; Allegrocube
(1973), installée au palais de Justice de Montréal, illustre
parfaitement cette tendance. Parallèlement à sa réflexion
sur le cube, Daudelin sintéresse à des formes sculpturales
beaucoup plus aériennes, quil aime voir interagir avec
les éléments naturels par leur mobilité. Cest
à ce jeu que se prête Éolienne V (1983),
au Palais des congrès de Montréal. Au début des années 1980, Daudelin, pour qui lart religieux na pas de secret, est chargé de remplacer Jordi Bonet, mort prématurément, pour refaire le retable de la chapelle du Sacré-Cur de la basilique Notre-Dame, détruite par un incendie en 1978. Puis, la renommées du sculpteur retentit sur la scène internationale lorsquil installe Embâcle sur la Place du Québec, à Paris. Charles Daudelin est demeuré actif jusquà sa mort, la maladie qui laffligeait ne pouvant briser sa détermination à créer. Cet homme, qui a fabriqué de simples marionnettes et des uvres monumentales avec la même passion, na jamais travaillé que pour lui-même : il a privilégié la transmission du savoir par lenseignement, mais aussi par lexemplarité de son art où se condense lexpérience dune vie de recherche et de travail. On dit quà la fin de ses jours il naurait exprimé quun seul regret, cest que rien dans sa ville natale, Granby, ne témoigne de son uvre.
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