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LES ARTS VISUELS EN MONTÉRÉGIE / PAUL-ÉMILE BORDUAS Une vie dartiste
Tout au long de ses années de formation, Borduas aura la chance unique davoir Ozias Leduc qui veille sur lui et guide ses premiers pas jusquà lÉcole des beaux-arts. Paul-Émile Borduas naurait pu trouver un meilleur maître que le sage de Correlieu, ni ce dernier souhaiter un meilleur élève. Car si leurs époques sont différentes, les deux hommes sont de la même mouture, tous deux portés par une quête incessante dhumanité et de transcendance. Mais comme tout bon élève, cest en sarrachant à laffection de son maître, et à sa région natale, que Borduas arrive à développer son individualité artistique. La France, à la fin des années 1920, voit le jeune peintre ressentir ses premières pulsions créatrices et déjà rêver de trouver sa voie grâce à une uvre originale, qui combinerait la logique picturale de Braque aux élans passionnés de Soutine. À la fin des années 1930, après avoir renoncé à lart religieux par manque denthousiasme, il étudie le fauvisme, le cubisme et le surréalisme. De ces trois courants, cest le surréalisme, qui sinscrit dans la foulée de la psychanalyse freudienne en libérant le créateur du contrôle de la raison, qui aura le plus dinfluence sur Borduas.
Bien vite, ce projet révolutionnaire installe Borduas dans le rôle de maître à penser pour toute une génération de jeunes peintres en mal de changement, les Barbeau, Fauteux, Leduc, Riopelle et Mousseau. Mais Borduas reste conscient que lautomatisme nest quun déblaiement préliminaire, un passage obligatoire devant mener vers dautres expériences picturales. En fait, la secousse surréaliste fut assez brève, sétendant de 1942 au début des années 1950.
Au début des années 1950, le monde de Paul-Émile Borduas seffrite sous les coups du sort. Quelques-uns de ses disciples, Jean-Paul Riopelle en tête, remettent en question son autorité morale; bientôt sa famille le quitte. À New York, où son art est apprécié, sa production est intense, mais il crée sans joie. En 1954, le succès de lexposition En route, qui lance la peinture abstraite à Montréal, est vite assombri par la défection de Fernand Leduc et la mort dOzias Leduc; après la perte de son père spirituel, cest sa mère qui décède, en avril 1956. Puis, son indéfectible ami Claude Gauvreau tombe malade et doit être interné. Pour ajouter à sa tristesse, Paris, où il réside à ce moment, demeure indifférente à son talent. À cette époque, en comparaison des explosions de couleurs dun Riopelle qui fait la grande vie, les toiles de Borduas semblent presque mortuaires et à la limite du vide absolu; mais comme tout grand artiste, il sait traduire les infidélités de la vie dans des formes picturales nouvelles, comme le montre LÉtoile Noire, quon dit être son chef-duvre. La vie de Borduas se termine lorsque son uvre arrive à un point limite; quaurait-il pu faire de plus, ou plutôt, devrait-on dire dans son cas, de moins? Contrairement à Ozias Leduc qui connaîtra la gloire de son vivant, cest dans la mort que Paul-Émile Borduas sera consacré. Il le sera dabord par les chantres de la Révolution tranquille qui révèleront de quelle manière originale il a contribué à lavènement de la modernité au Québec; beaucoup plus tard, en 1988, ce sera au tour du grand public de reconnaître son talent et son apport lors dune exposition rétrospective de ses uvres tenue par le Musée des beaux-arts de Montréal.
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