Chronologie
de La Bonne Chanson (1937-1955)
Au cours de ses années dapprentissage et denseignement
de la musique, labbé Gadbois perçoit certaines
carences dans la formation des élèves dans le
domaine musical. À lépoque, les étudiants
doivent copier dans un cahier, appelé chansonnier,
le texte des chansons interprétées en classe ou
lors de plus grandes réunions. Puis, au cours de lété
1937, sa rencontre avec Mgr Camille Roy est déterminante
: il doit trouver une façon de faire chanter les jeunes
avec de belles et bonnes chansons.
En octobre 1937, avec lautorisation du Chanoine
Archambault, supérieur du Séminaire
de Saint-Hyacinthe, il débute limpression de chansons
quil distribue aux élèves du collège.
Au cours des premières semaines, 300 étudiants
sabonnent aux publications de La Bonne Chanson pour lannée
scolaire 1937-1938. Assez rapidement, les demandes de copies
parviennent des autres écoles de Saint-Hyacinthe, puis
des localités avoisinantes. . « Ensuite, quand
jai vu que cela répondait à un réel
besoin, comme la plupart des canadiens français aiment
à chanter, mais quils ne pouvaient pas facilement
alors se procurer des chansons, alors jai annoncé
La
Bonne Chanson dans toutes les écoles du pays
ainsi que dans celles de la Nouvelle-Angleterre »,
daffirmer labbé Gadbois dans son curriculum
vitæ.
En quelques semaines, le nombre dabonnés augmente
à 1 800. À la fin de lannée 1937,
il atteint son objectif de publier une chanson par semaine :
dix chansons sont alors disponibles. En mars 1938, à
peine cinq mois après la fondation de lentreprise,
toutes les écoles du Québec ainsi que les institutions
denseignement francophone du Canada et du nord-est des
États-Unis connaissent La Bonne Chanson. Après
avoir publié cinquante chansons, labbé Gadbois
les regroupe dans un album. À lépoque, Frédéric
Pelletier, du journal Le Devoir, décrit ainsi le premier
album : « Lédition complète
de cinquante chansons se présente dans une forme luxueuse.
Sous une couverture de cuir souple et gaufré à
lettrage dor, et maintenue par un brochage danneaux,
un papier de luxe, des titres dessinés, des portraits
et des illustrations, font de louvrage un livre dont peut
senorgueillir nimporte quelle bibliothèque(1).
» Bilan de la première année : plus
de 600 000 exemplaires de chansons sont distribués.
Une des difficultés rencontrées par labbé
Gadbois réside dans lobtention dautorisations
lui permettant de publier les chansons. Certaines appartiennent
au domaine public, mais pour dautres, il doit en acquérir
les droits. À lété 1938, il se rend
en Europe afin de solutionner ce problème. Lors de ce
voyage, il fait une escale au Vatican où il rencontre
le Cardinal Pacelli. Par lentremise du prélat,
il offre le premier album au Saint-Père, le Pape Pie
XI. Il reçoit alors les bénédictions
papales pour la poursuite de son uvre. Il revient dEurope
avec plus de 250 autorisations dans ses bagages.
Devant les succès obtenus et lampleur du phénomène,
il doit développer une stratégie de mise en marché
pour assurer la bonne marche de lentreprise. Il met sur
pied un plan quinquennal où il prévoit publier
cinquante chansons par année. Si lécole
demeure un lieu de diffusion efficace, cest essentiellement
le milieu familial quil veut atteindre afin de propager
le bonheur de chanter : « Un foyer(2)
où lon chante est un foyer heureux »,
est la devise de La Bonne Chanson. « C'est en effet
le foyer qui constitue le lieu où se nouent les liens
affectifs propices à l'envie de chanter en groupe sous
la bienveillance de l « ange » ou de la «
reine » du foyer».
En octobre 1938, le Conseil de lInstruction publique
de la province de Québec accepte que lon distribue
le premier album dans les écoles. Cette approbation amène
une hausse spectaculaire du nombre dabonnements : à
la fin de lannée 1938, les registres de La Bonne
Chanson comptent plus de 10 000 noms.
En 1939, il publie le deuxième album et des demandes
parviennent déjà pour le troisième. Le
succès de lentreprise est le reflet de limplication
incessante de son fondateur. Les idées et les occasions
de maximiser la diffusion de son travail ne manquent pas. Il
participe, entre autres, à la réalisation dune
émission radiophonique appelée Le
Quart dheure de La Bonne Chanson. Cette
émission hebdomadaire, diffusée sur les ondes
de CKAC, met en vedette les interprètes Albert Viau et
François Brunet. À la radio, dans toutes les soirées
et en famille, on chante La Bonne Chanson.
Lannée suivante, la popularité du Quart
dheure est telle que lon forme le Quatuor
de La Bonne Chanson. Aux deux interprètes
nommés précédemment sajoutent Paul-Émile
Corbeil et David Rochette. Un pianiste, Roland Van de Goor,
accompagne le quatuor. Au cours de lannée 1940,
labbé Gadbois reçoit des demandes de compagnies
telles que Kellogg et Proctor & Gamble qui veulent associer
leurs noms à La Bonne Chanson. Le 24 mai, il se rend
à New York afin de rencontrer les dirigeants de cette
dernière. Il en revient avec un contrat pour la production
de 125 000 albums de seize chansons. Puis, en novembre, la Compagnie
RCA Victor débute lenregistrement et met sur le
marché les succès de La Bonne Chanson sur étiquette
Bluebird.
Le nombre dabonnés et la quantité de copies
de chansons vendues ne cessent daugmenter.
En 1941, La Bonne Chanson élargit encore une fois le
champ des ses activités. Au mois de mai, les Franco-américains
de la région de Lewiston dans létat du Maine,
regroupés sous le nom Les Vigilants, organisent
un festival de chansons tirées du répertoire de
La Bonne Chanson. Cet événement à connotation
patriotique attire plus de 6 000 spectateurs. Fort de son expérience
américaine, le directeur de La Bonne Chanson adopte un
nouveau créneau de diffusion, monde
du spectacle.
Au printemps 1942, le Comité des Fêtes pour le
3e Centenaire de Montréal demande à labbé
Gadbois de présenter un festival de chansons dramatisées.
Cet événement se déroule au Forum de Montréal
le 1e juin 1942. Une foule estimée à plus de 10
000 personnes assiste au festival. La musique est
exécutée par lOrchestre des Concerts Symphoniques
de Montréal et un chur
de 500 voix accompagne les comédiens-chanteurs.
Lannée 1942 est fertile en bonnes nouvelles puisquà
lautomne, la Commissions des Écoles Séparées
de lOntario prévoit incorporer plusieurs chansons
du répertoire à son programme officiel dès
la rentrée scolaire 1943. Lannée 1942 est
également marquée par mise sur pied de lAssociation
des amis de La Bonne Chanson. Les
membres de cet organisme, plus de 180 000 en 1948,
bénéficient dune réduction
de 20% sur les achats et ils reçoivent également
des lettres dinformation. Lannée se termine
sur la publication du cinquième album, ce qui met un
terme au plan quinquennal projeté en 1938.
Lévénement majeur de lannée
1943 se déroule dans la ville de Québec. En collaboration
avec la Commission scolaire de Québec, labbé
Gadbois organise un autre festival
de La Bonne Chanson. Lors de cet événement, on
présente onze
chansons dramatisées et interprétées
par autant décoles différentes. Le
Quatuor de La Bonne Chanson fait également
partie de la programmation et le tout se termine avec le chur
final Salut
à Québec,
une poésie du R.P. Georges Boileau, sur une musique de
labbé Gadbois. Le succès est tel que lon
répète le spectacle à trois reprises.
Les années daprès-guerre sont marquées
par la publication des albums 6 et 7 en 1946. Puis, deux ans
plus tard, le Conseil de lInstruction Publique de la province
de Québec adopte la chanson à son programme officiel.
Dès lors, deux albums spéciaux sont produits sous
le nom de La
Bonne Chanson à lécole. Ces
ouvrages pédagogiques contiennent des chansons graduées
daprès lâge des écoliers et
sont divisés en sept années. Chaque année
du cours comporte 17 chansons et cinq cantiques. En sixième
et septième, on ajoute quelques éléments
de grégorien dont une messe, les Vêpres et deux
Saluts.
En 1949, on organise le Concours
de La Bonne Chanson dont voici quelques éléments
: La Bonne Chanson imprime et distribue plus de 800 000 livrets
contenants douze chansons. Pour participer, il suffit de retourner
son bulletin dinscription avec la somme dun dollar.
Des prix totalisant plus de 4 500$ sont distribués. On
affirme que le taux de participation est tel que plus de 80
000$ parviennent aux locaux de La Bonne Chanson. La tenue dun
tel événement reflète bien les années
daprès-guerre, marquée par une forte hausse
de la société
de consommation.
Luvre apostolique de labbé Gadbois
doit également se conformer au goût du jour. Durant
cette période, les valeurs véhiculées par
les nouveaux albums projètent le thème de lamour
à lavant plan et relèguent les autres thématiques
à un rôle secondaire.
En 1950, il publie Cantiques Choisis, un recueil comprenant
400 cantiques français. Lannée suivante,
le dixième album est publié. Lors dun nouveau
voyage en Europe en 1952, il ne manque pas doffrir au
Saint Père, le Pape Pie
XII, un exemplaire de luxe de Cantiques Choisis,
relié en chamois blanc et or.
À lautomne de la même année, il publie
le premier numéro de la revue musicale
Musique et Musiciens. Il obtient la collaboration
des musiciens Conrad
Letendre, Gilles
Lefebvre et Raymond
Daveluy pour le seconder dans cette nouvelle entreprise.
Avec la publication de cette nouvelle revue, il propose la création
à Montréal dun Centre Musical Canadien.
Plans à lappui, il ajoute une maquette de lédifice
qui abrite une salle de concerts, une bibliothèque, une
discothèque et des studios de pratique pour les musiciens.
Le Centre Musical de labbé Gadbois ne sest
jamais réalisé, mais on dit que le maire Jean
Drapeau sest inspiré du projet pour réaliser
la Place des Arts, quelques années plus tard.
Le premier juin 1953, il obtient des Gouverneurs de Radio-Canada
une licence pour opérer une station de radio privée.
Cette opération, une des dernières de labbé
Gadbois en tant que directeur de La Bonne Chanson, est réalisée
en collaboration avec deux partenaires, MM. Paul Leduc et Raymond
Robert. Comme lindique lui-même labbé
Gadbois dans son curriculum vitæ, le but du poste est
avant tout dêtre une station radiophonique culturelle
et éducative. Les lettres du sigle évoquent la
devise du Québec dont Eugène Taché est
lauteur : «
Canada, Je Me Souviens »(3).
La station entre en opération le 24 avril 1954. Labbé
Gadbois est intimement lié aux activités de lentreprise
ce qui amène les gens à surnommer la station CJMS
le poste de La Bonne Chanson.
Malgré les nombreux talents de labbé Gadbois,
la gestion nest pas un de ses principaux atouts. Après
dimportants investissements pour financer les opérations
de CJMS, les entreprises liées à La Bonne Chanson
se retrouvent lourdement endettées. Au printemps 1955,
Mgr
Douville, évêque de Saint-Hyacinthe
lui demande de céder tous ses biens. Labbé
sexécute. Les Frères de lInstruction
Chrétienne de La Prairie deviennent les nouveaux propriétaires
de La Bonne Chanson.
1- Cité dans louvrage de Jean-Marc Lefebvre,
Charles-Emiles Gadbois : Lapôtre de la bonne
chanson, p.16.
2- De Surmont, Jean-Nicolas. La Bonne Chanson, p. 79
3- De Surmont, Jean-Nicolas. La Bonne Chanson, p. 91